Dans le cadre de notre engagement pour l’apprentissage continu, nous avons eu le plaisir
d’accueillir Claire Atger, botaniste et chargée d’études chez Pousse Conseil, pour un atelier
intitulé « Comprendre l’arbre par ses racines et les interactions avec le milieu urbain ».
Cet atelier, riche en enseignements et en partages, a permis à nos équipes de renforcer
leurs fondamentaux tout en explorant de nouvelles perspectives sur le monde invisible
de nos alliés sylvestres.

Bien que cachées, les racines jouent un rôle fondamental. Pour rappel, les racines remplissent trois fonctions principales : ancrer l’arbre dans le sol, absorber l’eau et les sels minéraux, ainsi que stocker les réserves d’énergie.
La santé et la structure des racines conditionnent la stabilité, la vigueur et la longévité de l’arbre.
Le système racinaire d’un arbre se compose de différents types de racines, aux morphologies et fonctions distinctes :

- Racines chevelues (absorption) : courtes et non lignifiées, ces fines racines absorbent l’eau et les nutriments solubles. Elles ressemblent à des « poils » et se renouvellent en permanence sur les racines principales. Ce sont ces racines qui donnent lieu à la symbiose avec les bactéries (nodosités) et les champignons (mycorhization).
- Racines charpentières / pivots (ancrage) : longues et lignifiées, elles forment le « squelette » du système racinaire. Elles assurent l’ancrage mécanique et supportent la structure racinaire secondaire.
- Racines exploratrices (colonisation du sol) : ces racines secondaires fines émergent latéralement de la charpente. Leur fonction est d’« explorer » le volume de sol pour y puiser ressources et eau, avant de mourir et d’être remplacées.
Nous avons abordé le sujet des plantations d’arbres et comparé trois méthodes couramment utilisées en Suisse romande :
- A racines nues : cette méthode consiste à planter des jeunes plants dont les racines sont dépourvues de terre. Les végétaux sont cultivés en pleine terre, puis déterrés pendant leur période de dormance. Ils sont ensuite vendus sans motte de terre autour des racines.
- En motte : les arbres sont cultivés en pleine terre et, lors de l’arrachage, une partie de la terre entourant les racines est conservée, formant une motte maintenue par un filet ou une toile biodégradable.
- En conteneur : les arbres sont cultivés dans des pots ou conteneurs remplis de substrat.
Après comparaison, nous réalisons que planter des arbres à racines nues offre plusieurs avantages.
Les arbres en motte peuvent présenter des racines sectionnées lors de l’extraction, ce qui compromet leur ancrage et leur développement futur. Ces coupes, souvent invisibles, peuvent entraîner des problèmes d’absorption d’eau mais aussi de nutriments, se manifestant parfois plusieurs années après la plantation. De même, les arbres cultivés en pot ou en conteneur développent fréquemment des racines enroulées sur elles-mêmes. Cela formant un « chignon racinaire » qui entrave leur croissance et leur stabilité à long terme. En optant pour des arbres à racines nues, on s’assure d’un système racinaire sain et bien développé, L’expérience montre que, après quelques années, les plantations en racines nues retrouvent une croissance et une hauteur supérieure à celles en motte ou en conteneur.

Nous avons également abordé la transplantation, pratique de plus en plus répandue, qui consiste à déplacer un arbre. Cette opération, bien que parfois optimale, entraîne une perte significative du système racinaire. (Notamment des racines de plus de 5 cm de diamètre pour les arbres déjà bien développé.)
La réussite de la reprise dépend alors fortement de la qualité du sol et de la régénération racinaire. Plus l’arbre est grand, plus le risque d’échec est élevé, car les grosses racines ont une faible capacité de repousse fonctionnelle.
Nous encourageons cette pratique uniquement pour des sujets de petite taille, accompagnée d’un suivi rigoureux : préparation en amont, amélioration du sol, arrosage régulier, etc.).


Pour conclure, nous avons évoqué l’impact des chantiers sur les racines. Lors de travaux de terrassement ou d’aménagement, il n’est pas rare que le domaine vital des arbres soit affecté.
Afin d’en mesurer les conséquences, nous réalisons des sondages racinaires sous forme de tranchées. Cette méthode permet d’identifier les racines à risque, de mesurer leur diamètre, et d’évaluer les conséquences potentielles sur l’ancrage et l’absorption des nutriments.
Pour limiter les dégâts, nous privilégions des techniques non invasives telles que : excavation pneumatique (airspade), camion aspirateur, ainsi que une excavatrice légère, tout en veillant à ne pas sectionner les racines rencontrées.
Pierre-Louis Baud


